Apprendre à conduire sur M201 :

La FORMatION RATIONNELLE ACCELEREE DU CONDUCTEUR

Par Luc V. et JLM

Remerciements aussi à Bernard BERTAULT, Marc et Michel pour la mise à disposition de quelques photos.

 

Luc a effectué son service militaire (classe 75.10) au 5e régiment de dragons à Tübingen en Allemagne pas très loin de Stuttgart. Pendant un an il a été moniteur d’auto école pour différents contingents d’appelés.

 

Le choix des moniteurs IEC (Instruction élémentaire de conduite), anciennement moniteurs d’Instruction Automobile, 3 ou 4 par classe, se portait vers des appelés plus âgés, souvent sursitaires, ayant au minimum le bac et le permis de conduire civil. Après le mois de classes traditionnelles, les futurs moniteurs suivaient 4 semaines de formation spécifique (code français et allemand, pédagogie, mécanique etc.) dont une partie avait lieu à Fribourg (Allemagne).

A l'issue de ce stage, ils étaient nommés FFB (Faisant Fonction de Brigadier) et, en tant que chefs de chambre, prenaient en charge, tous les 2 mois, les nouveaux arrivants :

- le premier mois : classes traditionnelles avec parcours du combattant, marche commando, défilé, tir au PM, au fusil etc. (ce qui leur permettait de recommencer 6 fois cette partie de plaisir !).

- le mois suivant : cours d’IEC pour les candidats sélectionnés futurs conducteurs VL ou PL au régiment.

 

Le 5e RD partageait une ancienne caserne de la Wehrmacht avec le 24e Groupe de Chasseurs Mécanisé  Tous deux appartenaient à la 5e Brigade Mécanisée (3e DB - 2e Corps d’Armée – Forces Françaises en Allemagne).

 

 

La Formation Rationnelle Accélérée du Conducteur (FRAC)

 

1) Généralités

 

Cette période de formation visait à rendre le conducteur d’un véhicule, en général un militaire du rang, apte à conduire et entretenir son véhicule. Elle comportait deux étapes pour les personnels qui ne possédaient pas le permis de conduire civil :

 

1/ Instruction Elémentaire de Conduite (I.E.C) 

L’IEC était destinée à toutes les catégories de brevet militaire de conduite. Elle comportait principalement des cours de :

– conduite ;

code de la route ;

– mécanique ;

– entretien.

Ce stage était sanctionné par une attestation de conduite signée par le chef de centre IEC. Les candidats étaient parfois identifiés par l’examinateur grâce à une plaque fixée sur la calandre.

 

2/ Instruction Complémentaire de Conduite (I.C.C )

L'ICC avait pour but d'adapter le jeune conducteur à la conduite du véhicule de dotation et de lui faire acquérir les connaissances d'entretien propres à ce véhicule (elle s'effectuait en deux phases) :

– L’ICC proprement dite, assurée sous la responsabilité des chefs de corps ou des autorités ayant les prérogatives équivalentes. Tous les véhicules circulants au titre de l'ICC devaient être signalés par des panneaux « véhicules-école » ou « auto-école » à l'avant et à l'arrière. Pendant l'ICC, l’élève était assisté par un conducteur possédant le Brevet Militaire de Conduite (BMC) équivalent.

– L'aptitude à la conduite était contrôlée par un personnel habilité.

 

A l’issue de ces différentes étapes, le jeune conducteur recevait le BMC qui n’est pas un permis de conduire militaire (délivré après en général plusieurs mois de pratique) ou civil (sur ce point, voir plus bas, la conversion du BMC en permis de conduire civil).

 

2) La classe 75.10 (Souvenirs de Luc V.)

 

Les cours FRAC consistaient en

- une éducation théorique : code de la route français et panneaux allemands, notions de mécanique, d’entretien.

- une éducation pratique : conduite en double commande  sur VL (jeep et méharis), conduite en simple commande sur PL (Berliet et GMC). La plupart du temps, la pratique avait lieu dans la cour d'honneur de la caserne. On tournait en rond (ou plutôt en carré) pendant des heures et par tous les temps (parfois jusqu’à moins 10° en hiver) jusqu'à ce que le candidat sache démarrer, passer les vitesses (compte tenu de la taille de la cour, je crois qu'on ne passait jamais en troisième), se parquer, etc.. J'ai ainsi fait plus de 9000 km (sans compter les marches arrières.) !

- un examen : assuré par les moniteurs et leur encadrement. Le nombre de candidats étant le même que le besoin en chauffeurs, je n'ai pas souvenir d'échecs et pourtant !!!

 

La validation du brevet militaire de conduite avait lieu le mois suivant dans les compagnies d'affectations avec les chauffeurs les plus anciens comme chef de bord. Là, plus de double commandes, les Allemands se planquaient quand ils voyaient sortir les camions avec la mention Fahrschule (auto école). Les permis spéciaux, transport en commun et super lourd, faisaient l'objet de formations particulières à Fribourg.

 

Une autre activité des moniteurs était l'entretien du matériel FRAC. Chacun était responsable d'un parc de véhicules variés. J'avais pour ma part un Berliet, un Unimog Mercedes, une méhari, une jeep et une moto BMW 250cc. Par delà les véhicules il fallait également entretenir les locaux. Cela se traduisait par d’homériques séances de peinture dans des locaux non chauffés (imaginez que la région était surnommée la petite Sibérie et accueillait les soldats à l‘entraînement pour le front russe en 1944).

 

Le témoignage de Bernard BERTAULT (1966-1B) : « nous, les moniteurs, nous étions planqués : pas de gardes ni de corvées de semaine. Pour les cours pratiques, nous avions un circuit à coté de la caserne et 2 circuits dans les villages alentours. C'était le pied mais il fallait rester très vigilant malgré tout. Le permis était attribué après un questionnaire qui portait sur le code de la route et l'épreuve de conduite soumise à des examinateurs gradés postés à différents points de passage. S’ajoutaient parcours de quilles, démarrage en cote, guidage pour les plus durs. Mais il fallait que tous les appelés sachent conduire … »

 

 

3) les supports théoriques et pratiques de cours

 

Les informations ci-dessous sont extraites du « dossier FRAC » Jeep M201 24 volts du 24e Groupe de Chasseurs Mécanisé, approuvé le 20 décembre 1969 (à fiche pédagogique introductive). Elles concernent les notions de mécanique et d’entretien de la M201.

 

3-1) la connaissance de la M201

 

Fiche

Notion à enseigner

Durée

1

Caractéristiques générales de la Jeep M201 24 volts – test de connaissance

1h

2

Moteur à explosion – embrayage – boite de vitesses

1h

3

Boite de transfert – arbre de transmission – ponts

1h

4

Circuit d’alimentation en essence – refroidissement

1h

5

Circuit de graissage – circuit électrique

1h

6

Boîtier de direction – barre d’accouplement – freins

1h

7

Pneumatiques et accessoires de la Jeep

0h30

8

Tests de connaissance

0h30

 

Total

8h

 

3-2) l’entretien de la M201

 

Fiche

Notion à enseigner

Durée

1

Guide d’entretien (fac-similés : page 1page 2page 3 )

1h

2

Vidange moteur – pannes de pression d’huile – test de connaissance

1h

3

Vidange des ponts et pannes – test de connaissance

1h

4

Lot de bord – réglage de la garde d’embrayage – test de connaissance

1h

5

Vidange des boites de vitesse et de transfert – pannes aux boites – test de connaissance

1h

6

Circuit de refroidissement – mélange auto-gel – pannes et remèdes – test de connaissance

1h

7

Dispositif d’alimentation en essence – filtre à air

1h

8

Circuit de charge – circuit de démarrage – entretien des batteries - bougies

1h

9

Pneumatiques – chambre à air – accessoires de la Jeep

1h

10

Graissage et précautions contre l’incendie

1h

 

Total

10h

 

3-3) la salle et les supports de cours FRAC

 

Aux cours théoriques étaient associés des supports pratiques pour illustrer les notions de mécanique dispensées : éclaté de moteur, de boîtes de vitesses, etc. ou encore des jeeps complètes :

-         celle de Jeep Village à Chevilly-Larue

-         celle du Cevenn’s Jeep dont il ne reste que le groupe motopropulseur.

 

▲ Cliquez sur chaque image pour l’agrandir ▲

 

Comme le précise Luc, si malgré tout cela les leçons ne rentraient pas, il restait le « coup de pied au cul » !!!

 

 

4) les jeeps « Ecole »

 

La conduite avait lieu sur des Jeep « Ecole » ou sur Méhari pour les véhicules légers, sur Berliet, GMC ou Mercedes WW2 pour les poids lourds. L’instruction complémentaire de conduite sur des véhicules d’instruction portant la mention AUTO-ECOLE ou Fahrschule en Allemagne.

 

 

5) la transformation du brevet militaire de conduite (BMC) en permis de conduire civil

 

Après la phase d’instruction, le jeune conducteur obtenait le BMC. Après 12 mois, les chauffeurs méritants (conducteurs d'élite avec remise du diplôme correspondant qui permettait, au sortir de l'armée, d'avoir des assurances autos un peu moins chères) pouvaient solliciter la transformation du BMC dans les catégories de permis de conduire civils correspondants. Luc a pu avoir le PL et la moto (sans jamais l'avoir conduite en dehors de la caserne). Il précise qu’il y avait la nécessité d’avoir un certificat médical (bidon) pour la transformation en permis civil (surtout pour le PL). C’est ainsi que chaque année plus de 100.000 jeunes français bénéficiaient d’un permis de conduire gratuit.

 

 

Nota : BMC, à ne pas confondre avec les fameux Bordels Militaires de Campagne !!!

 

6) Bibliographie

 

Les véhicules-écoles, BONIFACE Jean-Michel in Charge Utile, n°210, juin 2010, p.54-61 (première partie : l’instruction des conducteurs)

Jeep d’instruction, HADACEK Jérôme in 4x4 Story, n°62, mai – juin 2015, p.50-54

 

 

30 octobre 2015